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Redécouvrons le passé:
1884 /La conversion fulgurante d’Alphonse Ratisbonne

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BULKO

1884

La conversion fulgurante d’Alphonse Ratisbonne

La conversion fulgurante d’Alphonse Ratisbonne
Rome, jeudi 20 janvier 1842. Un jeune avocat juif, athée, libre penseur et dilettante, entre dans l’église Sant’Andrea delle Fratte (Saint-André des Buissons) à Rome pour en sortir quelques minutes plus tard, chrétien, prêt à mourir pour défendre la foi en Jésus-Christ. « Si quelqu’un m’avait dit dans la matinée de ce jour : « Tu t’es levé juif, tu te coucheras chrétien », je l’aurai regardé comme le plus fou des hommes », écrira Alphonse Ratisbonne (1814-1884). Et pourtant…
Père Antoine d’Augustin Curé-recteur de la basilique Notre-Dame des Victoires à Paris
Père Antoine d’AugustinCuré-recteur de la basilique Notre-Dame des Victoires à Paris
Une enfance aisée. Comme saint Paul, Alphonse Ratisbonne est fils d’Abraham. Et comme lui, il va vivre une conversion fulgurante ! À sa naissance, le 1er mai 1814 à Strasbourg (Bas-Rhin), il reçoit, avec celui d’Alphonse, le nom de Tobie. Sa famille, d’origine juive, est nombreuse, aisée, connue. Son père est banquier, adjoint au maire de Strasbourg et président du consistoire israélite du Bas-Rhin. Alphonse reçoit une instruction religieuse mais abandonne la foi à l’adolescence. « J’étais juif de nom, mais je ne croyais même pas en Dieu », écrit-il plus tard. Inscrit au collège royal de Strasbourg, il y reçoit une solide formation littéraire et scientifique.  

Une haine des chrétiens.
En 1825 – il a alors 11 ans – un évènement important bouscule toute la famille. Théodore, son frère aîné, se convertit au catholicisme. Pire encore, il entre au séminaire et est ordonné prêtre en 1830. Alphonse, tout comme ses proches, s’indigne. « Tout jeune que j’étais, cette conduite de mon frère me révolta, et je pris en haine son habit et son caractère […] La conversion de mon frère, que je regardais comme une inexplicable folie, me fit croire au fanatisme des catholiques, et j’en eus horreur », raconte-t-il. C’est le début pour lui d’un fort sentiment anti-chrétien. Alphonse refuse de revoir son frère et coupe toute relation avec lui. En 1840, Théodore quitte Strasbourg : il est nommé vicaire à la paroisse Notre-Dame des Victoires, à Paris. Il y rejoint le curé, l’Abbé Desgenettes, fondateur de l’Archiconfrérie du Très Saint et Immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs. L’association de prière, dont il devient le sous-directeur, en est à ses débuts, mais porte déjà des fruits de conversions miraculeuses en abondance. Si Alphonse a enterré son frère, Théodore, lui, prie et fait prier Notre Dame des Victoires pour sa conversion. Alphonse aussi est à Paris pour ses études. Il y fait son droit puis revêt la robe d’avocat. Devenu orphelin de mère, puis de père, il hérite d’une fortune importante qu’il dépense abondamment en plaisirs et frivolités. En 1841, le jeune avocat se fiance à Flore, une de ses nièces. L’âge tendre de la jeune femme, qui a alors 16 ans, retarde le mariage.
 

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L’ange envoyé de Dieu.
En attendant l’heure de l’union, Alphonse part en voyage. C’est ainsi qu’il quitte Paris en novembre pour un périple de plusieurs mois. L’époque romantique a mis au goût du jour les voyages vers l’Orient : l’Italie, la Sicile, Malte, Constantinople et le Levant l’attendent ! Ratisbonne arrive à Rome le 6 janvier 1842. Parmi les édifices et quartiers romains visités, le Ghetto, quartier des Juifs, lui fait une très vive impression. Devant tant de misère, pitié et indignation le submergent. « Je dois dire, sans crainte d’exagérer, que jamais de ma vie je n’avais été plus aigri contre le christianisme que depuis la vue du Ghetto. Je ne tarissais point en moqueries et en blasphèmes. » Au cours d’une de ses visites de la ville éternelle, il rencontre un ami de collège, Gustave de Bussières, dont le frère, le baron Théodore de Bussières, fervent catholique, s’est fait connaître par ses voyages en Sicile et en Orient, dont il a publié les récits. Alphonse lui raconte ses projets de voyage. Gustave l’invite alors à rencontrer son frère pour lui demander conseil. Alphonse accepte par politesse. Le 15 janvier, avant de partir pour Naples, il se rend donc, bon gré, mal gré chez Théodore de Bussières pour la visite promise. Alphonse ne le sait pas encore : comme Raphaël pour Tobie, il est l’ange que Dieu lui donne. La conversation est légère, mais prend vite des tournures passionnées quand Alphonse partage ses impressions de Rome. Puis, le dialogue glisse sur le terrain religieux… Ratisbonne en profite pour égratigner un peu plus la foi catholique. Son hôte plein d’audace lui lance alors un défi. « Enfin, me dit M. de Bussières, puisque vous détestez la superstition et que vous professez des doctrines si libérales, puisque vous êtes un esprit fort si éclairé, auriez-vous le courage de vous soumettre à une épreuve bien innocente ? – Quelle épreuve ? – Ce serait de porter sur vous un objet que je vais vous donner… Voici ! C’est une médaille de la Sainte Vierge. Cela vous paraît bien ridicule, n’est-ce pas ? Mais quant à moi, j’attache une grande valeur à cette médaille. »
 

Un jeu sans conséquence ?
Ce défi, qualifié de puéril par Alphonse, est relevé avec humour. Même pas peur ! Et voilà que Monsieur de Bussières lui passe la médaille au cou, puis complète l’épreuve : « Il s’agit de réciter matin et soir le Memorare [Souvenez-vous], prière très courte et très efficace, que saint Bernard adressa à la Vierge Marie. – Qu’est-ce que votre Memorare ? m’écriai-je ; laissons ces sottises ! […] Cependant mon interlocuteur insista : il me dit qu’en refusant de réciter cette courte prière, je rendais l’épreuve nulle, et que je prouvais par cela même la réalité de l’obstination volontaire qu’on reproche aux Juifs. Je ne voulus point attacher trop d’importance à la chose, et je dis : Soit ! Je vous promets de réciter cette prière ; si elle ne me fait pas de bien, du moins ne me fera-t-elle pas de mal ! » Alphonse relève le défi, et la Sainte Vierge le prend au sérieux… La médaille qu’il porte est celle dont Marie avait dit à sainte Catherine Labouré, le 27 novembre 1830 : « Faites frapper une médaille sur ce modèle. Les personnes qui la porteront recevront de grandes grâces. Les grâces seront abondantes sur les personnes qui auront confiance. » La confiance en Marie ne fait pas défaut à M. de Bussières, ni à l’un de ses amis, le comte de Lafferonnays, qui prient ensemble pour ce jeune Juif. Ratisbonne, lui, à force de lire et relire la prière imposée dans le but d’y découvrir sa valeur finit par la savoir par cœur, et se surprend à la réciter plusieurs fois malgré lui.
 

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Une apparition
et une conversion. Le 20 janvier 1842, Alphonse se rend dans un café de Rome pour y lire les journaux. En sortant, il rencontre la voiture de Monsieur de Bussières qui l’invite pour une promenade. Sur le chemin, il lui faut s’arrêter à l’église Saint-André des Buissons, près de la Trinité des Monts, régler les derniers préparatifs des funérailles de son ami, Monsieur de Laferronnays, mort brutalement, et devant être enterré le lendemain. Théodore de Bussières propose à Alphonse de l’attendre dans la voiture, mais ce dernier préfère sortir voir l’église. Il entre alors avec lui. Dix minutes plus tard, Monsieur de Bussières le retrouve en larmes, prosterné devant l’autel de saint Michel. Un véritable miracle a eu lieu. « Ratisbonne tire sa médaille, l’embrasse, nous la montre et s’écrie : Je l’ai vue, je l’ai vue ! », raconte M. de Bussières. Alphonse explique : « J’étais depuis un instant dans l’église, lorsque tout d’un coup je me suis senti saisi d’un trouble inexprimable. J’ai levé les yeux ; tout l’édifice avait disparu à mes regards ; une seule chapelle avait, pour ainsi dire, concentré toute la lumière et au milieu de ce rayonnement a paru debout sur l’autel, grande, brillante, pleine de majesté et de douceur, la Vierge Marie, telle qu’elle est sur ma médaille. Une force irrésistible m’a poussée vers elle, la Vierge m’a fait signe de la main de m’agenouiller, elle a semblé me dire : C’est bien ! Elle ne m’a point parlé, mais j’ai tout compris. » Les écailles tombent de ses yeux : Alphonse voit désormais la lumière ! Il acquiert la foi et la connaissance. « J’ai tout compris », dit Alphonse : le poids de son péché, l’amour de la Vierge pour les pécheurs, la toute-puissance de la miséricorde de Dieu. Comme dans l’Évangile, Marie est restée silencieuse. Mais Alphonse a été éclairé sur tous les mystères de la vie du Christ que Marie méditait dans son cœur. Le fruit de cette apparition est sa conversion totale. Il demande aussitôt le baptême, veut entrer à la Trappe, mourir martyr et convertir ses frères…
 

Frère Marie.
Après sa conversion, naît dans son cœur une véritable dette de reconnaissance. D’abord pour Monsieur de Laferronnays. « Ô, comme ce monsieur a prié pour moi », s’est écrié Alphonse dans l’église Saint-André. Un proche de la famille témoigne en effet que le comte a prié avec ardeur pour la conversion du jeune homme. Ensuite, pour son frère Théodore et l’Archiconfrérie de Notre-Dame des Victoires. Le 12 avril 1842, quelques mois après le miracle, il écrit une longue lettre à l’Abbé Desgenettes en action de grâces. « C’est à vous, Monsieur le Curé, à vous qui avez fondé l’Archiconfrérie pour la conversion des pécheurs, c’est à vous que les pécheurs doivent compte des grâces qu’ils ont obtenues. » Il résume ainsi l’événement qui a bouleversé sa vie : « Si je ne devais vous raconter que le fait de ma conversion, un seul mot suffirait : le nom de Marie ! » Le 31 janvier 1842, onze jours après son illumination, il reçoit les trois sacrements de l’initiation chrétienne (baptême, confirmation et eucharistie). Théodore de Bussières est son parrain. Le 20 juin, il devient Frère Marie, de la Compagnie de Jésus, dans laquelle il sera ordonné prêtre en 1848, avant de rejoindre son frère dans la Congrégation Notre-Dame de Sion que celui-ci a fondée en 1843. Il s’installe alors en Palestine, y fonde successivement deux monastères et consacre le reste de sa vie au catéchuménat des convertis d’origine juive, pendant plus de trente-cinq ans. Il meurt le 6 mai 1884 au monastère Saint-Pierre de Sion (dit monastère Ratisbonne, aujourd’hui Centre d’études salésien) dans un faubourg de Jérusalem.


Alphonse Ratisbonne a goûté à la communion des saints. Le Ciel et la Terre se sont unis pour demander sa conversion, qui aura été double : retournement de son cœur vers Dieu en même temps qu’accomplissement de sa foi juive. Grâce obtenue par Marie, fille d’Israël, dont le Cœur Immaculé est le refuge des pécheurs. Il écrit à l’Abbé Théodore le 4 février 1842 : « Un frère de sauvé ! Et une victoire de plus pour Notre Dame des Victoires ! » Et ce ne fut ni la première, ni la dernière !
Compléments
Sources documentaires

3 propositions pour construire l'avenir

Les 3 propositions que le Père Antoine d’Augustin a faites le samedi 10 février 2018.

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Formation

Pourquoi le judaïsme est-il nécessaire pour adorer pleinement Jésus ?
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Je prie Marie le « Souvenez-vous »
de
saint Bernard de Clairvaux.

Je prie
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