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Redécouvrons le passé:
533 /Saint Remi de Reims, apôtre des Francs

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533

Saint Remi de Reims, apôtre des Francs

Saint Remi de Reims, apôtre des Francs
Évêque métropolitain de Reims (Marne) à partir de 461, pendant plus de 70 ans, saint Remi rend l’âme à 96 ans, selon la tradition, après un long apostolat en faveur des pauvres et d’une Église plus structurée. Il a réorganisé la vie religieuse de son diocèse et de sa province et conféré le baptême à Clovis (autour de 496), fondateur du royaume des Francs.
Patrick Demouy Professeur émérite d’histoire médiévale à l’Université de Reims et à l’Institut Catholique de Paris
Patrick DemouyProfesseur émérite d’histoire médiévale à l’Université de Reims et à l’Institut Catholique de Paris
Un évêque gallo-romain. Éléments d’introduction. Remi (Remigius, Remegius, sans accent à l’origine en français) est issu d’une famille de l’aristocratie gallo-romaine attachée à l’Empire, auquel elle a donné de grands serviteurs. La tradition le fait naître à Cerny-en-Laonnais (Aisne), près de Laon. Son nom ne désigne pas une origine ethnique (même s’il est tentant de le rapprocher de Reims et du peuple rème) mais est dérivé de Remex, le rameur. C’est un nom rare. Dans les sources écrites ou épigraphiques, on n’en connaît que trois : un magister officiorum, chef des bureaux impériaux avec rang honorifique de clarissime (retiré à Mayence, qui pourrait être son trisaïeul) ; un préfet d’Égypte, de rang sénatorial ; et un évêque d’Aix entre 396 et 419. Ces trois carrières dessinent d’ailleurs l’évolution classique de l’aristocratie cultivée qui a basculé vers le christianisme, devenu religion de l’Empire. Servir l’Église, c’était continuer à servir l’Empire et à le défendre comme un rempart à opposer aux barbares, largement massés à ses frontières. Le père de Remi, Émile, commandait la place-forte de Laon ; sa famille était liée à Aetius puis à Egidius, les derniers généraux des armées romaines en Gaule, mais aussi à Childéric (mort en 481) – le père de Clovis – un roi franc fédéré établi par Rome pour défendre la frontière septentrionale. Un allié fidèle mais resté païen, comme en témoignent les chevaux sacrifiés autour de son tombeau, retrouvé à Tournai, pour lui permettre de chevaucher dans l’au-delà.

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Contexte historique.
Remi naît en entre 437 et 439 dans une Gaule encore placée sous le pouvoir de Rome ; Aetius y maintient une sécurité relative. Le 20 juin 451, la victoire des Champs Catalauniques (entre Châlons-en-Champagne et Troyes) contre les Huns d’Attila prouve le bien-fondé de l’alliance romaine avec des militaires germains, dont les Francs, qui exercent une autorité de fait sur la province de Belgique seconde, dont Reims est la métropole. C’est là que le jeune Remi fait ses études. Bon élève, il apprend à bien écrire, discourir et versifier en latin ; il acquiert une culture biblique et la connaissance du droit romain, un bagage spirituel et intellectuel nécessaire à la fonction épiscopale, à laquelle il est élu en 461. Qu’il soit devenu évêque n’est pas étonnant, compte-tenu de ses origines, c’est son jeune âge qui surprend (22 ans selon son biographe Hincmar), alors qu’on choisissait plutôt un homme mûr compte-tenu des importantes responsabilités spirituelles et temporelles que la fonction impliquait dans la cité. Progressivement, dans la débandade des cadres romains, l’épiscopat, par délégation de l’empereur ou par la force des choses, s’est trouvé investi des fonctions délaissées par les magistrats municipaux, de moins en moins empressés à se dévouer à la chose publique. Recommandé par sa ferveur – il semble avoir été attiré par la vie érémitique – Remi l’est aussi par la position de sa famille, favorable à l’alliance franque pour défendre un ordre romain contre les ambitions centrifuges des Burgondes et Wisigoths. Ceux-ci, établis respectivement dans le sud-ouest et le centre-est de la Gaule, ont rompu le pacte avec l’Empire et par leur adhésion à l’hérésie arienne menacent l’unité de l’Église.


Saint Remi et Clovis.
Ce contexte éclaire la lettre de Remi à Clovis, dont il salue l’avènement en 481, à la mort de Childéric, comme un nouveau chef de la province. Ce n’est pas une main audacieusement tendue à un barbare, comme on le dit encore parfois à tort, mais l’expression d’une collaboration déjà entamée, ce qui l’autorise, sur un ton paternel, à faire des principes chrétiens le fondement de son gouvernement : « Ta bonté doit s’exercer de manière intègre et honnête. Tu devras t’en rapporter à tes évêques et recourir toujours à leurs conseils… Rends courage aux citoyens, relève les affligés, favorise les veuves, nourris les orphelins… Que la justice sorte de ta bouche… Tu possèdes certaines richesses paternelles avec lesquelles tu libéreras les prisonniers et tu délieras du joug de la servitude. » Commence alors pour Clovis un long cheminement personnel jusqu’au baptême, dont la date n’est pas établie avec certitude. L’histoire a retenu la promesse au « dieu de Clotilde » (la princesse catholique burgonde qu’il avait épousée) à la bataille de Tolbiac contre les Alamans et l’année 496. C’est en interprétant à la lettre le récit de l’Histoire des Francs de saint Grégoire de Tours, rédigée deux générations plus tard, que cette année 496 s’est longtemps imposée. Mais il faut faire la part du symbole. Grégoire date en lustres : Clovis est roi à 15 ans, baptisé à 30 (comme Jésus), mort à 45, après un règne partagé en parts égales autour d’un point culminant, le sacrement reçu à Reims. Des sources font état d’un passage préalable à Saint-Martin de Tours, l’historien Michel Rouche a proposé l’année 498, au retour d’une expédition menée sur Bordeaux, ou 499, le temps de l’instruire dans la foi. Mais Tours n’ayant été conquise sur les Wisigoths qu’en 507, Ian Wood et Alain Dierkens proposent 507 ou 508 pour le baptême de Clovis. Cette dernière date correspond à l’envoi, par l’empereur Anastase, depuis Constantinople, d’une chlamyde (draperie) de pourpre et d’un diadème donnant au roi des Francs le titre de patrice et une légitimité reconnue dans l’ordre romain. Clovis est en effet le premier roi barbare converti au catholicisme, avant même les rois ariens qui étaient pourtant déjà chrétiens.


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Le baptême, choix personnel de Clovis.
Quelle que soit la durée de sa réflexion, la conversion de Clovis apparaît bien, à la lecture des sources, comme une décision personnelle et non un calcul intéressé :
-      D’abord, contemporaine de son baptême, une lettre adressée à Clovis par l’évêque de Vienne, saint Avit : « Le choix que vous faites par vous-même est une sentence qui vaut pour tous… Irons-nous prêcher la foi au chrétien converti accompli, cette foi qu’avant cet accomplissement vous avez vue sans prédicateur ? »
-      L’épitaphe rédigée par saint Remi lui-même pour Clovis dans la basilique parisienne des Saints-Pierre-et-Paul, devenue Sainte-Geneviève : « Rempli d’amour pour Dieu, il a dédaigné de croire à mille divinités… Bientôt lavé par les eaux et né à nouveau de la fontaine du Christ… il a donné l’exemple que suit la foule innombrable du peuple gentil ; et, méprisant l’erreur de ses ancêtres, ce peuple va adorer Dieu, son créateur et véritable père. »
-      La lettre de l’évêque de Trèves saint Nizier à la reine Chlodoswinde, petite-fille de Clovis et Clotilde, mariée au roi des Lombards dans l’espoir qu’elle le convertisse : « Tu as appris de quelle manière ta grand-mère, la maîtresse de bonne mémoire Clotilde, était venue en Francie et comment elle amena le seigneur Clovis à la loi catholique. Et lui, comme c’était un homme des plus astucieux, ne voulut pas acquiescer avant qu’il n’eût fini par comprendre que ces choses-là étaient vraies. Lorsqu’il s’aperçut que les démonstrations que je viens de faire plus haut [les nombreux miracles de guérison au tombeau de saint Martin de Tours] étaient prouvées, il tomba humblement à genoux sur le seuil du bienheureux Martin et il promit de se faire baptiser sans délais. »
Que retenir de ces textes ? D’abord une certaine sympathie de Clovis pour le christianisme et les évêques des Gaules, ce qui permet à saint Remi de lui proposer un code éthique, déplaçant la lettre officielle sur un ton personnel mettant l’accent sur la justice et la charité. Ensuite le rôle de l’épouse. Dans la famille, petite Église, l’Esprit-Saint est à l’œuvre. Clovis a fait un choix personnel quand il a fini par comprendre ce qu’était la vraie foi. La conversion est le fruit de la liberté, de la grâce, du témoignage d’une foi vivante, en l’occurrence celle des pèlerins de Saint-Martin. Saint Remi n’a pas exercé de contrainte, il ne s’est pas livré à un chantage politique – comme on le dit trop souvent – le baptême contre le ralliement des évêques des Gaules. En bon pasteur, il a eu la joie de recevoir Clovis dans l’Église, après avoir parachevé son instruction, ce qui était sa fonction de docteur de la foi.
L’absence de contrainte est ce qui ressort aussi de la conversion – d’ailleurs progressive – du peuple franc. Quand la conversion du chef est uniquement politique, celle du peuple est imposée par la loi. Cujus regio, ejus religio dira-t-on plus tard. Clovis a cheminé longtemps, il a donné l’exemple. Dans les récits de la vie de saint Remi, on ne voit pas l’évêque lancer de prédication véhémente contre le paganisme, détruire des temples ou renverser des idoles. La prédication de la foi ne justifie pas l’exercice de la violence. Il faut laisser agir le Verbe.

Saint Remi, bon pasteur. Il ne faut pas réduire le ministère de saint Remi au baptême de Clovis, si important soit-il. Pendant son long épiscopat, il œuvre pour l’évangélisation de son diocèse et de la province dont il est le métropolitain. Son testament exprime clairement son souci des pauvres, du clergé et des paroisses rurales qu’il développe pour améliorer l’encadrement religieux des fidèles, alors que la vie ecclésiale est à cette époque essentiellement urbaine, autour de la cathédrale. Certes, il n’a pas encore le moyen de mettre en place un réseau complet dans des campagnes, au demeurant peu peuplées. Il s’attache à doter financièrement les églises établies dans les chefs-lieux des pagi (circonscription territoriale rurale) de son vaste diocèse, les circonscriptions les plus éloignées de Reims, les territoires du Porcien, du Castrice (Mézières), de Voncq et de Mouzon, dans l’actuel département des Ardennes. Des clercs bien formés sont capables de relayer la prédication de l’évêque. On sait que saint Remi a composé un recueil d’homélies, hélas perdu, destiné à aider les prêtres. L’évêque s’appuie sur le clergé séculier déconcentré en petites communautés rayonnantes ; le monachisme n’est pas encore développé, il faut attendre les VIIe et VIIIe siècles pour le voir à l’œuvre dans les campagnes.

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À l’écoute des plus pauvres. Dans sa ville épiscopale, il ne se contente pas de soulager ponctuellement les misères qu’il rencontre, il met en place des institutions assurant la pérennité à l’exigence de charité. L’un des premiers en Gaule, il conçoit une véritable politique de l’assistance en fondant une matricule des pauvres, destinée à drainer les dons des fidèles pour les redistribuer aux plus déshérités (la matricule est par définition la liste des immatriculés). À côté de la cathédrale, l’évêque entretient un xenodochium, étymologiquement un « lieu d’accueil de l’étranger », de tous ceux qui sont déracinés ou délaissés, qu’il faut abriter et soigner. Au Moyen Âge, cette institution a pris le beau nom d’« Hôtel-Dieu ».

L’Église redynamisée. Enfin il se préoccupe de la province. Au tournant du Ve siècle, la situation de la Gaule du Nord-Ouest est dramatique, elle est ravagée par les troubles qui ont marqué l’effondrement de l’Empire romain d’Occident (476) et la lutte pour le pouvoir avant le triomphe des Francs. Alors que la plupart des cités de Belgique seconde avaient un évêque au IVe siècle, on n’en trouve plus trace. Seuls sont occupés les sièges les plus méridionaux, Châlons et Senlis. À la fin de l’épiscopat de saint Remi, il y a des évêques à Amiens, Beauvais, Senlis, Soissons, Châlons, Laon, Saint-Quentin, Arras/Cambrai, Tournai. Les sièges épiscopaux ont été créés ou recréés par ses soins. C’est lui qui envoie saint Vaast, arrivé à Reims avec Clovis dont il avait assuré la formation catéchétique, dans la cité d’Arras accablée par les invasions. La liste épiscopale de Soissons, interrompue, retrouve des titulaires avec son frère Principe puis son neveu Loup. C’est à saint Remi qu’on doit l’érection du siège de Laon, par démembrement du très vaste diocèse de Reims. Le contexte favorable du règne de Clovis puis de son fils Thierry, qui fait de Reims la capitale de la part du royaume qu’il obtient en héritage en 511 (la future Austrasie), facilite assurément la naissance ou la renaissance d’églises catholiques dynamiques dans les principales cités de la province. Saint Remi apparaît comme le grand coordinateur et, plus concrètement, le consécrateur d’une nouvelle génération d’évêques.


 Saint Remi meurt le 13 janvier 533 (ou 532) à l’âge de 96 ou 97 ans, après un riche épiscopat (plus de 70 ans). Enseveli au sud de la ville de Reims, dans le quartier des nécropoles antiques, il est rapidement porté sur les autels et devient le patron du diocèse. Ses reliques ont échappé au vandalisme révolutionnaire ; il repose encore dans la belle basilique que les moines bénédictins ont édifiée aux XIe et XIIe siècles.
Compléments
Sources documentaires

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Les 3 propositions que Patrick Demouy a faites le samedi 3 février 2018.

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